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Flottes d’entreprise au Maroc : l’électrification avance, les usages tranchent

La cinquième édition du rendez-vous annuel de l’Arval Mobility Observatory met en évidence un marché marocain des flottes plutôt confiant, mais confronté à des arbitrages de plus en plus complexes. Électrification, location longue durée, recharge, télématique et mobilité des salariés progressent dans les intentions. Le Baromètre 2026 montre toutefois que le passage à l’acte reste étroitement lié aux usages, au coût total et aux infrastructures.

Arval Maroc, filiale du groupe BNP Paribas, a présenté le 30 septembre les résultats 2026 de son Baromètre des flottes et de la mobilité, à l’occasion d’un événement organisé avec Bamotors Maroc, importateur et distributeur exclusif de Kia. L’étude, réalisée par l’Arval Mobility Observatory avec Ipsos, repose sur 10.157 entretiens menés dans 33 pays auprès de décideurs de flottes, dont 301 au Maroc. Les résultats dessinent d’abord un marché professionnel relativement confiant. 92% des entreprises marocaines interrogées anticipent une stabilité ou une hausse de leur parc dans les trois prochaines années, et 47% prévoient explicitement de l’augmenter.

Le niveau est proche de celui observé les deux années précédentes, mais la proportion d’entreprises prévoyant une croissance recule légèrement par rapport aux 53% de 2025. Cette perspective constitue la toile de fond des échanges entre Eric Fulcheri, directeur général d’Arval Maroc, Cédric Veau, directeur général de Bamotors, et Lamia Bititi, directrice Commerciale et Marketing d’Arval. Les discussions ont surtout montré que la gestion d’une flotte ne peut plus se résumer au prix d’achat du véhicule.

Électrification : les intentions progressent plus vite que les usages
L’un des principaux enseignements concerne les nouvelles motorisations. 62% des entreprises disposant de voitures particulières utilisent déjà au moins une technologie électrifiée ou envisagent de le faire dans les trois prochaines années. Ce niveau reste toutefois inférieur aux 76% observés en Europe dans le Baromètre. Le détail nuance encore davantage cette dynamique.

En matière d’intention future, l’hybride non rechargeable arrive en tête avec 29%, devant le 100% électrique à 23% et l’hybride rechargeable à 19%. En cumulant utilisation actuelle et intentions, les résultats atteignent respectivement 36% pour l’hybride, 27% pour l’électrique et 26% pour le PHEV. Le coût du carburant constitue la première motivation pour introduire des véhicules électrifiés, citée par 39% des entreprises concernées.

L’impact environnemental arrive ensuite à 34%, devant les avantages fiscaux à 31%. Mais la recharge demeure un point de friction. 61% des entreprises identifient au moins une contrainte liée aux infrastructures, et 30% citent spécifiquement le nombre insuffisant de bornes publiques. Viennent ensuite le prix d’achat plus élevé, à 28%, puis la gamme de modèles disponible et l’absence de recharge au domicile ou sur le lieu de travail. Le rapport détaillé apporte ici une précision importante.

Toutes les entreprises interrogées déclarent avoir au moins une politique de recharge ou envisager d’en adopter une. 86% mentionnent une solution sur le site de l’entreprise, 64% la recharge publique et 19% la recharge à domicile. Sur ce point, le patron de Bamotors a insisté lors des échanges sur la nécessité d’adapter la technologie aux parcours réels. Une flotte urbaine et un parc utilisé sur l’ensemble du territoire ne répondent pas aux mêmes contraintes. L’électrification ne constitue donc pas une réponse uniforme, mais un arbitrage entre autonomie, recharge et conditions d’exploitation.

La LLD affiche un potentiel, sans encore dominer le financement
L’étude montre également un intérêt croissant pour la location longue durée. 18% des entreprises en font aujourd’hui leur principal mode de financement, tandis que 38% envisagent de mettre en place la LLD avec services ou de développer son utilisation dans les trois prochaines années. La photographie du financement reste néanmoins particulière. Le Baromètre attribue 61% à l’achat au comptant en 2026, mais précise que la formulation de l’enquête a changé avec la suppression de l’item «crédit». La comparaison directe avec les vagues antérieures doit donc être maniée avec prudence. Pour le DG du spécialiste de la LLD, l’enjeu consiste notamment à faire davantage connaître les mécanismes de ce mode de financement.

Au cours de la table ronde, il a rappelé que la LLD permet notamment d’externaliser le risque de revente, un argument qui prend davantage de poids lorsque les technologies évoluent rapidement et rendent la valeur résiduelle plus difficile à anticiper. L’approche par le coût total d’utilisation gagne parallèlement en importance. Le prix reste d’ailleurs le premier critère de choix d’un fournisseur de LLD pour 40% des entreprises concernées, devant la qualité du service à 24%. Mais, à l’échelle de la gestion du parc, les entreprises commencent à intégrer financement, entretien, énergie et fiscalité dans leurs arbitrages.

Connectivité : les équipements précèdent encore l’usage de la donnée
La télématique fournit l’un des écarts les plus parlants du Baromètre. 45% des entreprises marocaines ont adopté des outils télématiques, soit davantage que la moyenne européenne de 37%. Mais parmi les entreprises équipées, 11% seulement déclarent déjà exploiter les données, tandis que 51% envisagent de le faire. Autrement dit, la technologie est installée plus vite que les usages organisationnels qui doivent l’accompagner. La première utilisation envisagée pour les voitures particulières concerne la localisation ou la sécurité du véhicule, citée par 45% des entreprises utilisant ou prévoyant d’utiliser ces données. L’amélioration de la sécurité et du comportement des conducteurs suit à 29%, devant la prévention des usages non autorisés à 19% et l’efficacité opérationnelle à 18%.

Pour la directrice Commerciale et Marketing d’Arval, l’un des enjeux réside précisément dans la capacité des entreprises à transformer les données collectées en outils de gestion. La télématique peut servir au suivi de la consommation, à l’éco-conduite, à la sécurité ou à l’optimisation des parcours, mais suppose des compétences et des processus adaptés.

La politique de mobilité dépasse progressivement la voiture
Le Baromètre montre enfin que les réflexions s’étendent au-delà de la flotte elle-même. 98% des entreprises utilisent déjà au moins une politique ou solution de mobilité, ou envisagent d’en mettre une en place dans les trois prochaines années. Le budget mobilité concerne 47% des entreprises en usage ou en intention, le remboursement des transports en commun 46%, la location de courte ou moyenne durée 42% et l’allocation automobile ou monétaire 36%. Les motivations sont diverses. Les avantages fiscaux arrivent en tête à 34%, devant les considérations RSE à 32% et les enjeux de ressources humaines à 31%. La décarbonation reste pourtant encore peu formalisée. 11% des entreprises disposent d’objectifs ciblés, tandis que 24% déclarent être en phase d’évaluation.

Pour les trois prochaines années, l’intégration de véhicules électrifiés apparaît comme le premier défi de gestion des flottes, cité par 37% des entreprises. Elle devance la maîtrise de la hausse du coût total de possession, à 34%, et l’adaptation aux politiques publiques concernant les véhicules essence et diesel, à 32%. Le Baromètre 2026 décrit ainsi moins une rupture qu’une diversification rapide des paramètres de décision. Le véhicule demeure central dans la mobilité professionnelle au Maroc, mais son choix s’inscrit désormais dans une équation plus large mêlant financement, énergie, recharge, valeur future et exploitation des données.

Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations ÉCO


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