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Ford et Geely veulent relancer l’usine de Valence

Ford cherche une nouvelle trajectoire pour son usine de Valence. En difficulté depuis plusieurs années, le site espagnol d’Almussafes pourrait devenir le cœur d’une coentreprise entre le constructeur américain et le groupe chinois Geely. Le projet prévoit une répartition du capital à hauteur de 66% pour Ford et 34% pour Geely, avec une vocation clairement européenne.

Derrière cette annonce, l’enjeu dépasse largement le sauvetage d’une usine. Il illustre la recomposition industrielle en cours sur le Vieux Continent. Dans une Europe où les capacités de production automobiles sont sous-utilisées, les constructeurs cherchent à mutualiser leurs volumes, réduire leurs coûts et produire plus près des marchés qu’ils veulent conquérir.

Une usine à relancer

L’usine de Valence a connu un net recul de son activité. Selon le syndicat UGT Ford, moins de 100.000 véhicules y ont été assemblés en 2025, un plus bas historique. Pour un site de cette dimension, le niveau est insuffisant. La future coentreprise avec Geely vise donc à remettre l’outil industriel en charge.

Ford Europe ne cache pas son ambition. L’objectif est d’utiliser l’usine à sa capacité maximale. À terme, Ford et Geely visent une capacité annuelle potentielle d’environ 500.000 véhicules. La marche est donc considérable, mais elle traduit l’ampleur du repositionnement envisagé.

Le site continuera d’abord à produire sans interruption le Ford Kuga hybride rechargeable. À partir de 2028, quatre modèles supplémentaires doivent venir s’ajouter aux lignes de production.

Ford, Geely et quatre nouveaux modèles

La nouvelle feuille de route industrielle prévoit l’arrivée d’un nouveau Ford Bronco, de deux SUV électriques Geely et d’un crossover familial multi-énergies, conçu par Ford et développé conjointement avec Geely.

Ce choix de modèles n’est pas anodin. Il combine plusieurs tendances fortes du marché européen : le SUV, l’électrification, les véhicules multi-énergies et la nécessité de proposer des produits plus accessibles en coût de production.

Pour Ford, l’accord permet de sécuriser l’avenir d’un site stratégique tout en élargissant son offre européenne. Pour Geely, il ouvre une voie de production locale dans un marché où les constructeurs chinois font face à des droits de douane, à une pression réglementaire croissante et à une demande politique de « made in Europe » décarboné.

Les Chinois passent de l’export à l’implantation

L’accord Ford-Geely confirme une bascule. Les constructeurs chinois ne veulent plus seulement exporter vers l’Europe. Ils cherchent désormais à s’y installer industriellement. Produire sur place permet de réduire les tensions commerciales, de gagner en crédibilité, d’adapter les modèles au marché européen et de mieux maîtriser les coûts logistiques.

Cette logique rappelle le mouvement engagé par Stellantis avec Leapmotor. Le groupe américano-franco-italien a annoncé en mai un projet de cession partielle de son site d’assemblage de Madrid à son partenaire chinois, qui pourrait y produire la Leapmotor B10.

Le signal est clair. Les usines européennes sous-utilisées deviennent des actifs stratégiques pour les nouveaux entrants chinois. Plutôt que de construire de nouvelles unités, souvent longues et coûteuses à développer, il devient plus simple de s’appuyer sur des sites existants, des équipes formées et un tissu industriel déjà opérationnel.

Valence comme laboratoire industriel

Le projet Ford-Geely repose aussi sur l’expertise locale. Geely affirme ne pas vouloir importer de main-d’œuvre depuis la Chine, mais s’appuyer sur les effectifs de Valence et sur les capacités industrielles locales. Cette promesse est essentielle dans un contexte social sensible, alors que l’industrie automobile européenne fait face à des restructurations et à une pression forte sur l’emploi.

L’accord reste soumis à des autorisations réglementaires. La coentreprise devrait démarrer ses activités au premier semestre 2027, avant le lancement de la production des nouveaux véhicules en 2028.

La présence du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez lors de l’annonce montre aussi l’importance politique du dossier. Pour Madrid, ce projet illustre la capacité de l’Espagne à attirer de grands investissements industriels et à participer aux transformations de la mobilité.

Une réponse à la crise des capacités en Europe

L’Europe automobile traverse une période paradoxale. Le continent dispose d’un outil industriel puissant, mais une partie des usines tourne très en dessous de sa capacité. En parallèle, les constructeurs chinois accélèrent leur offensive, les réglementations environnementales se durcissent et la demande reste fragile.

Dans ce contexte, les alliances deviennent un levier de survie industrielle. Pour Ford, partager les volumes avec Geely peut permettre d’abaisser le coût unitaire des véhicules produits à Valence. Pour Geely, accéder à une base industrielle européenne permet de s’ancrer davantage sur le marché.

Le projet illustre donc une nouvelle réalité. La concurrence entre constructeurs occidentaux et chinois n’exclut plus les partenariats. Au contraire, elle les rend parfois nécessaires. Les uns disposent d’usines et d’un ancrage industriel européen. Les autres apportent des plateformes, des modèles électriques, de la compétitivité et une vitesse d’exécution.

Un accord à fort enjeu

Si elle se concrétise, la coentreprise Ford-Geely pourrait devenir un exemple de transformation industrielle en Europe. Elle permettrait à Ford de redonner un avenir à son usine de Valence, à Geely de produire localement pour l’Europe et à l’Espagne de conforter son rôle dans la nouvelle carte automobile du continent.

Mais le défi reste important. Il faudra sécuriser les autorisations, réussir l’intégration industrielle, tenir les calendriers, maintenir la compétitivité et garantir des volumes suffisants. Le passage de moins de 100.000 véhicules assemblés à une capacité potentielle d’environ 500.000 unités suppose une montée en cadence ambitieuse.

L’accord raconte surtout une chose : l’automobile européenne entre dans une phase où les frontières traditionnelles entre concurrents, partenaires et nouveaux entrants deviennent plus floues. Ford et Geely ne s’associent pas par hasard. Ils répondent à la même pression : produire mieux, plus près, moins cher et avec des modèles adaptés à la transition énergétique.

Encadré

Ce qu’il faut retenir

Ford prévoit de créer une coentreprise avec Geely autour de son usine de Valence, en Espagne.

Ford détiendrait 66% de la nouvelle structure et Geely 34%.

Le site continuerait à produire le Ford Kuga hybride rechargeable.

À partir de 2028, l’usine doit accueillir un nouveau Ford Bronco, deux SUV électriques Geely et un crossover familial multi-énergies conçu par Ford et développé avec Geely.

La coentreprise devrait démarrer au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.

Ford et Geely visent à terme une capacité potentielle d’environ 500.000 véhicules par an.


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