Ventes auto : le marché est entré dans une nouvelle dimension

Records pulvérisés, profession rassemblée et confiance retrouvée. En 2025, le marché automobile marocain a signé une année hors normes, portée par un rattrapage spectaculaire des ventes, une explosion de l’offre et une demande largement soutenue par les loueurs. Un millésime exceptionnel, présenté lors d’une réunion annuelle réussie, qui marque aussi la première aboutie d’Abdelouahab Ennaciri à la tête de l’AIVAM, dans un secteur désormais entré dans une nouvelle dimension.
La scène est devenue rituelle. Chaque début d’année, la profession se retrouve à l’occasion de la réunion annuelle de présentation des statistiques des ventes automobiles. Mais en 2025, l’exercice a pris une tout autre dimension.
Cette édition a été un franc succès, tant par l’affluence que par l’atmosphère qui régnait dans la salle. Les chiffres dévoilés ont agi comme un révélateur d’un marché automobile national qui a vécu une année hors normes, au point de pulvériser tous les records établis jusque-là. Avec 235.372 véhicules neufs immatriculés, le marché signe la meilleure performance de son histoire, en hausse de 33,4 % par rapport à 2024 et de 41,9 % par rapport à 2019.
Dans l’assistance, les mines des professionnels de l’automobile étaient réjouies, presque incrédules face à l’ampleur du rattrapage après plusieurs années de stagnation. Longtemps contenu par la crise sanitaire, l’inflation et les tensions sur l’offre, le marché a brutalement changé de rythme en 2025.
Une première très réussie pour le nouveau président de l’AIVAM
Cette réunion revêtait aussi une dimension institutionnelle forte. Il s’agissait de la première grande sortie d’Abdelouahab Ennaciri en tant que président de l’AIVAM, face à une salle pleine, largement acquise à sa cause tant le millésime 2025 a dépassé les attentes.
Dès l’ouverture, le message est clair. «Les chiffres de 2025 traduisent un rattrapage historique du marché automobile marocain, mais aussi un changement d’échelle durable», affirme-t-il, insistant sur la nécessité de dépasser la simple lecture conjoncturelle. Une prise de parole mesurée, mais ferme, saluée par une profession en quête de visibilité après plusieurs exercices incertains.
Un marché qui change de dimension
Derrière le record de ventes, c’est toute la physionomie du marché qui évolue. Le nombre de marques distribuées au Maroc est passé de 36 en 2023 à 51 en 2025, un basculement inédit en aussi peu de temps. En deux ans, le paysage concurrentiel s’est densifié, sous l’effet notamment de l’arrivée massive de nouvelles marques, dont une part significative de constructeurs chinois.
Cette diversification rapide de l’offre a intensifié la concurrence, élargi les gammes et contribué à une stabilisation, voire une baisse des prix, après trois années de hausses successives. Elle traduit aussi une montée en maturité du consommateur marocain, devenu plus attentif au rapport valeur/prix. En toile de fond, le secteur de la distribution automobile draine désormais près de 60 milliards de dirhams, confirmant son poids économique et son rôle structurant dans l’écosystème national, à la croisée du commerce, du financement, de l’emploi et de l’industrie.
«La multiplication des marques n’est pas un risque en soi, mais un signal de l’attractivité du marché marocain», souligne Ennaciri, appelant toutefois à une professionnalisation accrue des réseaux et à une vigilance collective sur la qualité de service.
Une demande dynamique, mais largement portée par les loueurs
L’euphorie des volumes appelle néanmoins une lecture plus nuancée. La demande de 2025 a été portée en grande partie par les sociétés de location, dopées par une année touristique exceptionnelle. Près de 40% des ventes ont été absorbées par ce segment, confirmant son rôle central dans la dynamique du marché.
«Le tourisme a joué un rôle déterminant en 2025. Il a soutenu les volumes et donné de la visibilité aux opérateurs», reconnaît le président de l’AIVAM.
Cette réalité confère une certaine résilience au marché, mais pose aussi la question de l’équilibre à moyen terme entre demande des ménages, flottes professionnelles et renouvellement des parcs.
Électrification et segmentation : des signaux structurels
Parmi les enseignements structurants de l’année figure la progression des motorisations électrifiées. Les véhicules hybrides et électriques représentent désormais 12,5% des ventes de voitures particulières, contre 7% en 2024, avec une accélération marquée sur le dernier trimestre.
Le 100% électrique, encore marginal, progresse lentement, confirmant une transition graduelle et pragmatique. Côté segments, citadines et SUV continuent de dominer le marché VP, tandis que les minibus 9 places enregistrent une croissance exceptionnelle, directement liée à l’essor du transport touristique. Le premium, de son côté, progresse moins vite que le marché global, mais se distingue par un taux d’électrification supérieur à la moyenne.
2026 : consolider sans s’illusionner
Après une année record, les perspectives pour 2026 s’inscrivent dans un scénario de consolidation. Le marché automobile national pourrait afficher une croissance d’environ 10%, soutenue par une croissance économique attendue autour de 4,5%, une inflation contenue, la poursuite des investissements publics et le maintien d’un tourisme dynamique.
Le contexte international impose toutefois de la prudence. Tensions géopolitiques persistantes, durcissement des échanges commerciaux et réduction des subventions aux véhicules électrifiés pourraient peser sur les stratégies des constructeurs et la structure de l’offre.
«2026 ne sera pas une année d’euphorie, mais une année de structuration», prévient Ennaciri.
«Le défi est désormais de transformer l’exceptionnel rattrapage de 2025 en trajectoire durable». Au-delà des chiffres, 2025 restera comme l’année où le marché automobile marocain a changé de statut. Une année de records, de sourires retrouvés chez les professionnels et de signaux forts sur la profondeur réelle du marché. Reste désormais à inscrire cette performance dans le temps long, sans perdre de vue les fragilités sous-jacentes.
Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations ÉCO







