Auto

Voitures électriques : BYD dépasse Tesla

Le basculement était attendu, il est désormais acté. En 2025, le constructeur chinois BYD a dépassé l’américain Tesla, devenant le premier vendeur mondial de véhicules électriques (VE). Plus qu’un simple changement de classement, cette évolution cristallise un déplacement profond du centre de gravité de l’industrie automobile électrique vers l’Asie, et en particulier vers la Chine.

Les chiffres publiés début janvier confirment l’ampleur du décrochage. Tesla a livré 1,64 million de véhicules en 2025, soit un recul annuel de 9%, marquant une deuxième année consécutive de baisse.

À l’inverse, BYD a écoulé 2,26 millions de véhicules électriques sur la même période, en progression de près de 28%. L’écart n’est plus marginal, comme en 2024 – où Tesla n’avait conservé son avance que de justesse – mais structurel. Cette dynamique traduit des trajectoires industrielles opposées.

D’un côté, Tesla peine à relancer la croissance de ses volumes, malgré des baisses de prix répétées et une gamme qui se renouvelle lentement. De l’autre, BYD continue d’accélérer, porté par une offre extrêmement large, couvrant l’ensemble des segments, du véhicule urbain abordable aux modèles premium.

L’avantage stratégique de l’intégration verticale
Fondé en 1995 comme fabricant de batteries, BYD a bâti un modèle industriel fondé sur une intégration verticale poussée. Batteries, moteurs électriques, électronique de puissance : le groupe contrôle l’essentiel de sa chaîne de valeur.

Ce choix stratégique traduit une capacité à contenir les coûts, sécuriser les approvisionnements et ajuster rapidement ses prix dans un contexte de concurrence exacerbée. À l’inverse, Tesla, longtemps pionnier et référence technologique du secteur, voit son avantage compétitif s’éroder face à des acteurs chinois capables de combiner innovation, volumes et agressivité tarifaire.

En Chine, premier marché mondial du véhicule électrique, BYD domine largement le segment des «véhicules à énergie nouvelle», profitant à la fois du soutien structurel de l’écosystème industriel local et d’une forte préférence nationale.

Une internationalisation accélérée, malgré les barrières
En parallèle, BYD ne se contente plus de sa domination domestique. En 2025, le constructeur a vendu environ un million de véhicules hors de Chine, soit une hausse spectaculaire de 150% sur un an. Pour 2026, l’objectif est d’exporter jusqu’à 1,6 million d’unités.

Certes, le groupe reste confronté à des obstacles majeurs, notamment les droits de douane élevés imposés aux États-Unis sur les véhicules électriques chinois. Mais ces barrières n’ont pas freiné son expansion en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient et en Europe, où ses modèles gagnent rapidement en visibilité, notamment grâce à un positionnement prix jugé compétitif face aux constructeurs occidentaux.

Ce choix traduit une stratégie de contournement géographique. Là où l’accès au marché américain est verrouillé, BYD consolide des positions durables dans des régions à forte croissance de la demande électrique.

Tesla mise sur la technologie pour compenser le ralentissement
Chez Tesla, le ralentissement des ventes ne s’est pas traduit par une sanction boursière immédiate. En 2025, l’action du groupe a progressé d’environ 11%, portée par les attentes des investisseurs autour des projets de robotaxis et de robots humanoïdes, chers à son dirigeant Elon Musk.

Ce décalage entre performance industrielle et valorisation financière illustre un changement de perception. Tesla est de plus en plus valorisée comme une entreprise technologique élargie, et non plus uniquement comme un constructeur automobile. Reste que cette promesse repose sur des paris technologiques encore non matérialisés à grande échelle, tandis que la concurrence, elle, livre des véhicules, en volumes croissants, ici et maintenant.

Un signal fort pour l’industrie mondiale
Le dépassement de Tesla par BYD constitue un signal fort pour l’ensemble du secteur. Il confirme que la bataille du véhicule électrique se joue désormais autant sur les coûts, l’industrialisation et l’accès aux marchés que sur l’innovation pure. Il souligne également la montée en puissance irréversible des constructeurs chinois, désormais capables de rivaliser et même s’imposer face aux pionniers occidentaux.

À moyen terme, la question n’est plus de savoir si BYD peut conserver son leadership, mais comment Tesla et les constructeurs européens parviendront à réagir face à un acteur qui combine volume, rapidité d’exécution et maîtrise technologique. Le centre de gravité de l’automobile électrique s’est déplacé. Reste à voir si l’industrie mondiale saura s’y adapter.

Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations ÉCO


Du virtuel à la piste : au cœur de la fabrique technologique de Renault Group


Rejoignez lesecoauto.ma et recevez nos newsletters



Bouton retour en haut de la page