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Sustainability Tour : comment Renault inscrit la durabilité au cœur de sa transformation

Au Technocentre de Guyancourt, Renault a lancé son Sustainability Tour, destiné à mettre en lumière une stratégie intégrée à l’ensemble du cycle de vie du véhicule. De la conception des modèles et la sécurité routière, jusqu’au robot humanoïde Calvin bientôt déployé à Douai, le constructeur entend démontrer que la durabilité constitue désormais un levier de compétitivité autant qu’un enjeu environnemental.

La durabilité n’est plus un département à part chez Renault. Elle irrigue désormais l’ensemble de la stratégie du groupe. C’est le message que le constructeur français a souhaité faire passer dans le cadre de la première étape de son Sustainability Tour, organisé au Technocentre de Guyancourt, dans les Yvelines.

Cette initiative, présentée comme un prolongement du Technology Tour lancé précédemment par le groupe, vise à montrer comment les enjeux environnementaux, industriels et sociaux s’intègrent désormais dans toutes les décisions de Renault.

«La durabilité est partout. Elle est impliquée dans n’importe quelle partie de la stratégie de l’entreprise», a résumé Christian Stein, directeur de la communication de Renault Group et récemment nommé CEO de Renault Group Espagne.

Cette philosophie s’inscrit dans le cadre du plan FutuReady, dévoilé en mars dernier. Successeur de la Renaulution, ce nouveau cap stratégique repose sur quatre piliers : l’offensive produit, la maîtrise technologique, l’excellence opérationnelle et la confiance partagée avec l’ensemble de l’écosystème du groupe. La durabilité n’y apparaît pas comme un pilier autonome parce qu’elle est censée traverser chacun d’entre eux.

«Avoir le temps long»
Pour Cléa Martinet, directrice du développement durable de Renault Group, la décarbonation constitue l’un des principaux moteurs de transformation de l’industrie automobile. Elle est également à l’origine de nombreuses incertitudes technologiques, qu’il s’agisse des batteries, des chaînes d’approvisionnement ou de la concurrence internationale.

«Nous voulons réconcilier nos valeurs incontournables avec notre compétitivité et notre profitabilité», souligne-t-elle estimant que la réponse passe par une stratégie stable dans le temps, malgré les évolutions politiques ou réglementaires. «En français, nous disons avoir le temps long. Les engagements ne changent pas avec les changements de gouvernance.» Cette vision se traduit par des objectifs précis. Renault vise ainsi la neutralité carbone en Europe d’ici 2040 et dans le monde en 2050. Le groupe ambitionne également d’intégrer plus de 30% de matériaux recyclés ou circulaires dans ses véhicules à l’horizon 2030, contre environ 24% aujourd’hui sur certains modèles.

Dans les ateliers du Technocentre, cette approche se matérialise dès les premières phases de développement. Les équipes de Futurama, laboratoire d’innovation du groupe, travaillent sur des concept-cars comme Renault Emblème ou Scenic Vision afin d’explorer de nouvelles architectures, de nouveaux matériaux ou encore des solutions permettant de réduire drastiquement l’empreinte carbone des véhicules. La stratégie de décarbonation ne se limite pas à la batterie ou au moteur. Renault travaille également avec Continental sur l’optimisation des pneumatiques, dont la résistance au roulement peut représenter jusqu’à 20% de la consommation énergétique d’un véhicule électrique.

Le groupe revendique ainsi une amélioration de 35% par rapport au seuil des pneus de classe A. Sur la seule Renault Clio, la résistance au roulement a été réduite de 50% en vingt-cinq ans, contribuant à améliorer l’efficience globale des véhicules génération après génération. Cette logique accompagne également la réduction du time to market. Là où le développement d’un modèle pouvait nécessiter cinq ans il y a encore quelques années, Renault vise désormais un cycle de 24 mois. Une évolution rendue nécessaire par l’intensification de la concurrence mondiale, notamment chinoise.

La sécurité comme nouveau volet de l’innovation
La durabilité selon Renault ne se limite toutefois pas aux émissions de CO₂ ou au recyclage. Elle englobe également la sécurité routière. Le groupe a ainsi développé le programme Human First, une approche couvrant l’ensemble du spectre de l’accidentologie, depuis l’anticipation des risques jusqu’à l’intervention des secours après un accident. Aujourd’hui, les technologies Human First permettent de couvrir plus de la moitié des causes d’accidents graves. L’objectif affiché est d’atteindre 70% à l’horizon 2030.

Cette ambition se traduit par la généralisation des systèmes d’aide à la conduite. Les modèles récents de Renault embarquent désormais plusieurs dizaines d’ADAS, ces dispositifs électroniques chargés d’assister le conducteur. Mais le constructeur travaille déjà sur une nouvelle génération de solutions. Parmi les innovations présentées à Guyancourt figurent, notamment, un système de détection de l’alcoolémie avant démarrage, un signal lumineux reproduisant automatiquement le SOS en morse en cas de malaise ou encore un klaxon dit «cordial», destiné à prévenir les usagers vulnérables sans générer de stress inutile.

D’autres dispositifs sont déjà opérationnels. C’est le cas du Fireman Access, développé avec les services de secours. Cette technologie permet aux sapeurs-pompiers d’éteindre un incendie de batterie jusqu’à six fois plus rapidement tout en utilisant dix fois moins d’eau. Pour Renault, ces innovations illustrent la manière dont la technologie peut contribuer à une mobilité plus durable, non seulement sur le plan environnemental mais également sur le plan humain.

Calvin, symbole de l’usine de demain
Cette réflexion sur la transformation industrielle trouve un prolongement concret à l’usine Renault de Douai, dernière étape du programme. Spécialisé dans la production de véhicules électriques, le site a produit 156.000 véhicules en 2025. On y assemble notamment la Renault 5 E-Tech, l’Alpine A290, le Scenic E-Tech, la Mégane E-Tech ainsi que la Nissan Micra et la Mitsubishi Eclipse Cross. Portée par le succès commercial de la R5, l’usine a considérablement accéléré ses cadences et emploie aujourd’hui près de 4.500 personnes, dont environ 1.800 intérimaires. C’est dans cet environnement que Renault expérimente désormais Calvin, un robot humanoïde développé par la société française Wandercraft.

Lors de la démonstration organisée sur le site, Calvin a été observé manipulant des pneus de 25 kilogrammes, destinés à l’approvisionnement de la chaîne de montage. Une tâche répétitive jusqu’ici réalisée par des opérateurs humains. L’objectif affiché n’est pas de supprimer des emplois mais de réduire la pénibilité du travail. «Nous travaillons sur dix familles de cas d’usage», explique Éric Marchiol, directeur métaverse industriel et qualité chez Renault.

Le constructeur a investi 25 millions d’euros dans Wandercraft, aux côtés de Nissan, portant le financement total de la jeune entreprise à 75 millions d’euros. Renault bénéficie d’un statut de «client prioritaire» et prévoit de déployer progressivement ces robots dans ses usines. L’ambition est importante. D’ici 2027, 350 robots Calvin devraient être installés en France et en Espagne.

Selon Wandercraft, il s’agit du premier déploiement à grande échelle de robots humanoïdes dans l’industrie automobile européenne. Pour Renault, Calvin constitue finalement une illustration concrète de la philosophie défendue tout au long de la première étape de ce Sustainability Tour : utiliser l’innovation pour répondre simultanément aux défis de compétitivité, de souveraineté industrielle, de sécurité et de durabilité. Une équation complexe, mais que le constructeur considère désormais comme incontournable pour rester dans la course mondiale.

Rabei Benkiran / Les Inspirations ÉCO


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