
L’économie circulaire change de statut dans l’automobile marocaine. Elle ne relève plus seulement du recyclage ou du traitement des déchets. Elle devient une activité organisée, contrôlée et intégrée dans la chaîne après-vente.

C’est tout l’enjeu du nouveau site ouvert mardi 5 mai par Stellantis à Aïn Sebaâ. Dédié au démantèlement automobile, il s’inscrit dans le dispositif mondial de Sustainera, l’entité du groupe spécialisée dans la réparation, le réemploi, la refabrication et le recyclage.
Le Maroc devient ainsi le premier pays de la région Afrique et Moyen-Orient à accueillir une telle installation pour Stellantis. À l’échelle mondiale, Casablanca rejoint les sites de Turin et de São Paulo.
Un site pensé pour traiter jusqu’à 10.000 véhicules par an
L’investissement annoncé atteint 1,6 million d’euros. Le site s’étend sur près de 6.000 m² et peut traiter jusqu’à 10.000 véhicules par an. Son organisation couvre l’ensemble du processus : réception, identification, dépollution, démontage, contrôle qualité, référencement et stockage.
Chaque véhicule suit un parcours précis. Les fluides et matériaux sensibles sont d’abord retirés. Ensuite, les équipes extraient les composants réutilisables. Les pièces mécaniques, éléments de carrosserie, modules électroniques ou composants intérieurs sont inspectés avant d’être remis dans le circuit après-vente.
Ce processus permet de prolonger la durée de vie des pièces. Il réduit aussi la pression sur les ressources nécessaires à la fabrication de composants neufs.
Casablanca, au cœur d’un écosystème plus large
Ce nouveau centre ne vient pas s’ajouter isolément à la présence de Stellantis au Maroc. Il complète un dispositif déjà structuré autour du complexe industriel de Kénitra et de l’Africa Technical Center de Casablanca.
À travers ce site, le groupe élargit donc son empreinte marocaine. Il ne s’agit plus seulement de produire ou de développer. Il s’agit aussi de gérer la fin de vie, de valoriser les composants et d’organiser une nouvelle économie de l’après-vente.
Yves Peyrot Des Gachons, Directeur général de Stellantis Maroc, résume cette logique en soulignant le rôle stratégique du Royaume dans l’empreinte régionale du groupe. Selon lui, ce centre contribue à développer une mobilité plus responsable et plus efficiente dans l’utilisation des ressources.
Un marché après-vente mieux structuré
L’un des apports majeurs de cette initiative concerne la distribution des pièces réutilisées. Les composants validés seront accessibles via le réseau après-vente de Stellantis, les réparateurs partenaires, le hub Distrigo et des plateformes digitales spécialisées.
Parts24, plateforme B2C d’Auto24 dédiée aux pièces d’occasion, fait partie de ce dispositif. Elle s’ajoute à Piyes, startup marocaine spécialisée dans l’approvisionnement en pièces d’occasion pour assureurs et gestionnaires de flottes.
Cette organisation vise un double objectif. D’un côté, rendre la pièce réutilisée plus accessible et plus fiable. De l’autre, réduire la place des circuits informels, encore très présents sur le marché de la pièce d’occasion.
Une réponse industrielle aux contraintes environnementales
Le développement de l’économie circulaire répond à une pression croissante sur l’ensemble de l’industrie automobile. Les constructeurs doivent réduire leur empreinte environnementale, mieux gérer les matières premières et limiter les déchets liés à la production de nouvelles pièces.
Dans ce contexte, le réemploi prend une importance nouvelle. Il permet de conserver la valeur d’un composant au-delà du premier cycle de vie du véhicule. Il répond aussi à une attente économique des clients, notamment lorsque le coût de réparation devient un facteur décisif.
Avec Stellantis économie circulaire Maroc, le groupe inscrit cette logique dans une organisation industrielle. La pièce récupérée n’est plus une solution de dépannage. Elle devient une offre structurée, contrôlée et distribuée par des canaux identifiés.
Le Maroc monte encore dans la chaîne de valeur
Cette inauguration illustre aussi l’évolution de la place du Maroc dans l’automobile mondiale. Le Royaume n’est plus seulement un territoire d’assemblage compétitif. Il accueille désormais des activités liées à l’ingénierie, au digital, aux services et à la durabilité.
Cette montée en gamme renforce la profondeur de l’écosystème local. Elle peut aussi contribuer à créer de nouvelles compétences dans le démantèlement, la logistique, le contrôle qualité et la gestion des véhicules hors d’usage.
En parallèle, elle ouvre la voie à une filière plus lisible autour du VHU. C’est un enjeu important pour un marché où la structuration de la fin de vie automobile reste encore incomplète.
Une boucle qui commence à se refermer
Avec ce centre, Stellantis pose une brique supplémentaire dans son écosystème marocain. La boucle automobile commence à se refermer : produire, réparer, réutiliser, recycler.
Ce mouvement traduit une évolution de fond. Dans l’industrie automobile, la compétitivité ne se mesure plus seulement à la capacité de fabriquer vite et à bon coût. Elle dépend aussi de la capacité à prolonger la valeur des produits.
À Casablanca, Stellantis ne se contente donc pas d’ouvrir un centre de démantèlement. Le groupe donne une forme industrielle à une idée appelée à prendre de plus en plus de poids : dans l’automobile de demain, la fin de vie ne sera plus une sortie de route. Ce sera une nouvelle entrée dans la chaîne de valeur.







