Marché : après l’offensive, l’heure du tri

Longtemps perçues comme des alternatives à bas prix, les marques chinoises ont changé de statut sur le marché automobile marocain. Leur progression, portée par les SUV, l’électrification et des niveaux d’équipement élevés, oblige les acteurs historiques à revoir leurs positions. Mais après l’euphorie des lancements, une autre phase s’ouvre : celle de la sélection. Réseau, SAV, pièces détachées, valeur de revente et solidité des distributeurs diront quelles marques pourront réellement durer.
Le basculement est spectaculaire. Au premier semestre 2026, 21 marques d’origine chinoise ont totalisé 13.148 immatriculations de voitures particulières au Maroc. Leur part de marché a atteint 11,3%, contre 4,8% un an plus tôt. En douze mois, elles ont donc plus que doublé leur poids. Ces données, rappelées par Adil Bennani, directeur général d’Auto Nejma et vice-président de l’AIVAM, montrent que les constructeurs chinois ne sont plus en phase d’observation. Ils sont installés dans le paysage.
Une offensive qui change de nature
Réduire leur progression au seul prix serait incomplet. Le rapport prix-équipement reste un argument fort, mais il ne suffit plus à expliquer la dynamique. Les marques chinoises arrivent avec des gammes plus larges, des SUV fortement équipés, des motorisations hybrides rechargeables, des interfaces numériques modernes et une qualité perçue en hausse. Le client regarde désormais l’équipement, l’autonomie électrique, la garantie, les aides à la conduite, le confort et la connectivité. Le badge conserve son importance, mais il n’est plus le seul filtre.
Le SUV, cheval de Troie
Le cœur de l’offensive reste concentré sur les SUV compacts et intermédiaires. Ce choix correspond aux attentes d’une clientèle qui privilégie la polyvalence, l’habitabilité, la position de conduite haute et l’image valorisante. Il faut savoir que les SUV représentent le plus gros des ventes avec plus de 30%.
L’électrification accélère le mouvement
Au premier semestre 2026, les véhicules électrifiés représentaient 16,8% des immatriculations de voitures particulières au Maroc, contre 10% un an plus tôt. Les hybrides rechargeables ont progressé de 170,3%. Le full électrique reste limité. Avec les modèles à prolongateur d’autonomie, il représente autour de 2% du marché VP. Le véritable terrain de conquête se situe donc, pour l’instant, dans l’hybride rechargeable. Cette technologie répond aux contraintes du marché marocain. Elle permet de rouler en électrique au quotidien lorsque la recharge est possible, tout en conservant un moteur thermique pour les longues distances. Dans un pays où le réseau de recharge reste inégalement maillé, cette polyvalence rassure.
Le vrai test commence après la vente
La croissance commerciale ne garantit pas l’installation durable. Une marque peut attirer avec son design, son prix ou sa fiche technique. Elle ne construit sa réputation que dans le temps. Pour les nouveaux entrants, les interrogations deviennent concrètes : fiabilité, disponibilité des pièces, compétence des ateliers, délais de réparation, garanties sur les batteries et valeur de revente après trois ou cinq ans. «Une marque peut gagner un client avec sa fiche technique. Elle ne le fidélise qu’avec son après-vente», insiste Adil Bennani. C’est là que se jouera la prochaine étape. La bataille se déplace donc vers les distributeurs. Les grands groupes investissent dans les showrooms, les ateliers, la formation à la haute tension et les infrastructures de recharge. Mais toutes les marques ne disposent pas des mêmes moyens. Avec une vingtaine d’enseignes chinoises déjà présentes, les écarts de couverture et de qualité de service vont devenir plus visibles. La solidité du distributeur prend ainsi autant d’importance que celle du constructeur. Une marque crédible peut échouer si son représentant local n’investit pas suffisamment. À l’inverse, un opérateur solide peut accélérer la confiance dans une enseigne encore jeune.
Les historiques : obligés de réagir
Cette offensive contraint aussi les marques installées à revoir leur proposition. Elles accélèrent l’électrification, retravaillent leurs offres de financement, renforcent certaines garanties et remettent en avant leurs avantages traditionnels : réseau, notoriété, expérience client et valeur résiduelle. Même le premium n’est plus totalement protégé. L’arrivée de marques comme Denza ou Zeekr montre que la bataille remonte en gamme. Les acteurs historiques doivent désormais justifier plus clairement leur prix.
Une consolidation paraît inévitable
Vingt-et-une marques chinoises peuvent-elles cohabiter durablement au Maroc ? Pour Adil Bennani, une consolidation est inévitable. Le marché est dynamique, mais il n’est pas illimité. Toutes les marques ne pourront pas investir dans un réseau national, maintenir un stock de pièces, former des équipes, garantir les batteries et soutenir la valeur de revente. Celles qui dureront devraient avoir plusieurs points communs : un groupe industriel solide, une maîtrise de technologies essentielles, une gamme suffisamment large et surtout un distributeur capable d’investir sur le long terme. Après la conquête, le marché entre donc dans l’âge adulte. Le client ne découvre plus seulement les marques chinoises, il commence à les juger. Le prix et l’équipement resteront décisifs, mais la vraie bataille se jouera dans les ateliers, les garanties, les reprises, l’occasion et la capacité à rester présent dans le temps.
Les chiffres clés de l’offensive chinoise
Au premier semestre 2026, 21 marques chinoises étaient présentes sur le marché marocain des voitures particulières. Elles ont totalisé 13.148 immatriculations, pour une part de marché de 11,3%, contre 4,8% un an plus tôt. Les véhicules électrifiés représentaient 16,8% du marché VP, contre 10% un an auparavant. Les hybrides rechargeables ont progressé de 170,3%. Le 100% électrique, avec les modèles à prolongateur d’autonomie, reste autour de 2% du marché VP.
Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations Éco Automobile







