Abdelouahab Ennaciri : “Le VUL accompagne directement le cycle d’investissement de notre économie”

Abdelouahab Ennaciri
Président de l’AIVAM
Pour Abdelouahab Ennaciri, président de l’AIVAM, le marché du véhicule utilitaire léger connaît une dynamique particulièrement forte au Maroc. Porté par les investissements, la logistique et le tourisme, le segment devrait continuer à progresser dans les prochaines années.
Comment jugez-vous l’évolution du segment du VUL ces dernières années ?
Le marché des véhicules utilitaires légers a été particulièrement dynamique au cours des trois dernières années. Il est passé d’environ 18.000 unités en 2022 à près de 26.000 unités en 2025, soit une progression d’environ 46% sur la période.
Cette croissance s’est surtout accélérée en 2025, avec des ventes en hausse d’environ 37% par rapport à 2024. Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs. Le Maroc est entré, à partir de 2024, dans une phase d’investissement importante avec de nombreux projets d’infrastructure. Parallèlement, la reprise du tourisme a renforcé la confiance des entreprises et encouragé les investissements dans les véhicules utilitaires.
D’où est tirée la croissance aujourd’hui dans ce segment ?
Globalement, tous les segments du marché sont en progression, mais certains se distinguent particulièrement. Le premier est celui du minibus destiné au transport touristique, qui bénéficie directement de la forte dynamique du tourisme au Maroc ces deux dernières années. Le second est celui du mini pick-up essence, dont les prix se situent autour de 100.000 dirhams hors taxes. Ces véhicules sont utilisés pour le transport de marchandises sur de courtes distances, notamment dans les activités liées au commerce ou à l’agriculture. L’arrivée de nouvelles marques, notamment chinoises, a également contribué à dynamiser ce segment.
Le VUL est-il devenu un segment stratégique pour les distributeurs ?
Le poids du VUL varie selon les constructeurs. En moyenne, il représente environ 10% du marché automobile total en volume, mais cette proportion peut varier fortement selon les marques. Certaines sont très présentes sur l’utilitaire, tandis que d’autres se concentrent davantage sur les véhicules particuliers.
Sur le plan de la rentabilité, les marges sur les véhicules utilitaires légers sont généralement légèrement supérieures à celles de la voiture particulière. Cela s’explique notamment par deux éléments. D’abord, le client achète souvent une solution complète, avec des aménagements spécifiques adaptés à son activité. Ensuite, le véhicule est un outil de travail et les professionnels privilégient la solution la plus rentable pour leur activité.
Les profils de clients évoluent-ils ?
La typologie des clients reste globalement stable. Les PME et grandes entreprises dominent le segment des utilitaires les plus importants, tandis que les auto-entrepreneurs et les professionnels indépendants sont davantage présents sur les petits utilitaires. En revanche, les attentes évoluent. Les clients sont aujourd’hui plus exigeants et recherchent davantage de sécurité, de confort et d’équipements, alors qu’il y a quelques années la priorité était essentiellement donnée à la fonction utilitaire du véhicule.
Quelle est la part des flottes par rapport aux professionnels individuels ?
Il n’existe pas de statistiques consolidées pour l’ensemble du marché. Cependant, on peut observer certaines tendances. Les petits pick-up ou les fourgonnettes sont généralement acquis par des professionnels individuels, alors que les grands fourgons ou les pick-up traditionnels sont plus souvent achetés par des entreprises disposant de flottes. Dans l’ensemble, on peut estimer que le marché se situe autour de 70% de ventes flottes et 30% de professionnels individuels, même si cette répartition varie selon les segments.
Le financement y joue-t-il un rôle important ?
Le financement est un élément clé dans le développement des ventes de véhicules utilitaires.
Les entreprises et les flottes professionnelles ont principalement recours au leasing ou à la location longue durée (LLD). Les professionnels individuels, quant à eux, utilisent davantage le crédit classique à la consommation. Au total, plus de 70% des ventes de véhicules utilitaires sont aujourd’hui financées par ces différents mécanismes.
Comment la concurrence pèse-t-elle sur les marges ?
Le secteur a traversé une période marquée par plusieurs hausses de coûts. Les constructeurs ont augmenté leurs prix à la suite de la crise des semi-conducteurs et de la hausse des matières premières entre 2022 et 2024. À cela s’est ajouté le passage à la norme Euro 6 en 2023, qui a également généré des surcoûts. Les distributeurs ont répercuté une partie de ces hausses sur les prix de vente, mais la concurrence très intense sur le marché les a empêchés de les transmettre intégralement. Les marges unitaires sont donc aujourd’hui inférieures à celles observées avant 2022, même si la forte croissance des volumes compense en partie cet effet.
Quid du service après-vente. Est-il un facteur déterminant ?
Le service après-vente est absolument déterminant dans le secteur des utilitaires. Le client achète avant tout un outil de production. Lorsqu’un véhicule est immobilisé à la suite d’un incident technique ou d’un accident, cela entraîne un manque à gagner quotidien pour l’entreprise. Un service après-vente performant est donc indispensable pour fidéliser les clients et assurer la pérennité de l’activité commerciale. Par ailleurs, les véhicules utilitaires roulent généralement beaucoup plus que les voitures particulières, ce qui rend les activités de maintenance et de réparation particulièrement importantes.
Les grands projets et les événements internationaux influencent-ils déjà la demande ?
Le Maroc s’inscrit dans un cycle d’investissement important qui devrait s’étendre jusqu’à la fin de la décennie. Les projets d’infrastructure, les investissements économiques et les grands événements internationaux devraient soutenir la demande en véhicules utilitaires. Dans ce contexte, le marché du VUL devrait continuer à progresser afin de répondre aux besoins des professionnels, qu’il s’agisse d’entreprises ou de travailleurs indépendants.
Quelles perspectives pour les prochaines années ?
Le marché du véhicule utilitaire léger devrait continuer à accompagner la dynamique économique du pays. Les investissements en cours et les projets structurants devraient soutenir la demande sur l’ensemble du segment. Dans les prochaines années, les véhicules utilitaires devraient donc continuer à jouer un rôle important dans le développement des activités économiques et logistiques au Maroc.
Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations Éco Automobile







