Adil Bennani : “Le marché du VUL au Maroc reste sous-équipé mais son potentiel est important”

Adil Bennani
Directeur général de Auto Nejma
Pour Adil Bennani, directeur général de Auto Nejma, le marché du véhicule utilitaire léger reflète directement la structure de l’économie marocaine. Entre transformation des segments, montée du pick-up et développement de la logistique, le secteur connaît aujourd’hui une recomposition profonde.
Comment se structure aujourd’hui le marché du véhicule utilitaire au Maroc ?
Il faut d’abord distinguer deux segments : le véhicule utilitaire léger et le gros utilitaire. Le véhicule utilitaire léger, c’est-à-dire les modèles de moins de 3,5 tonnes, représente environ 26.000 à 27.000 unités par an au Maroc. Le segment du gros utilitaire, quant à lui, tourne autour de 8.000 unités.
Le VUL léger représente environ 11% du marché automobile marocain. Si l’on compare à l’international, ce niveau reste relativement faible. Dans le monde, la part des utilitaires se situe plutôt entre 20 et 25% du marché automobile.
En Europe, on est autour de 15%, aux États-Unis autour de 30 à 35%, notamment en raison du poids des pick-up, et en Chine entre 17 et 20%. Ce différentiel montre que le Maroc reste moins équipé que d’autres marchés, ce qui reflète aussi la structure du tissu économique et logistique du pays.
Comment ce marché a-t-il évolué ces dernières années ?
Les dernières années ont été marquées par plusieurs phases. Avant la crise sanitaire, le marché avait déjà atteint environ 26.850 unités en 2018. Après la pandémie, il y a eu un effet de rattrapage qui a permis au marché de dépasser temporairement 30.000 unités. Mais ensuite, la hausse des coûts de l’énergie a fortement impacté les opérateurs du transport. Comme les clients finaux n’étaient pas prêts à absorber cette hausse, beaucoup d’entreprises ont choisi d’allonger la durée d’utilisation de leurs véhicules afin de préserver leurs marges. Cela a entraîné une baisse des volumes pendant deux à trois ans. Les années 2022, 2023 et 2024 ont ainsi été relativement difficiles. En 2025, le marché est revenu autour de 27.000 unités, soit un niveau comparable à celui de 2018.
La structure du marché a-t-elle changé ?
Oui, très clairement. En 2018, le segment dominant était celui du small van, ces petites fourgonnettes utilitaires qui représentaient 50 à 60% du marché. Aujourd’hui, la situation est totalement différente. Le pick-up est devenu le premier segment, représentant près de la moitié du marché. En quelques années, il est passé d’environ 4.000 unités à plus de 12.500 véhicules.
Cette progression s’explique notamment par l’arrivée de pick-up d’entrée de gamme, proposés à des prix plus accessibles. À l’inverse, le small van est tombé à environ 16 à 17% du marché. Le panel van – les fourgons de grande capacité – a fortement progressé et a presque doublé en cinq à six ans, tandis que le minibus a enregistré une croissance plus modérée.
Quels facteurs expliquent ces mutations ?
Plusieurs tendances expliquent cette évolution. D’abord, certains fourgons de grande capacité, de 12 à 16 m³, sont devenus économiquement plus compétitifs que certains camions légers auxquels on ajoute une caisse de transport. Cela a entraîné un transfert d’une partie du transport de marchandises vers les vans. Ensuite, le développement du commerce et du e-commerce a renforcé les besoins en livraison et en logistique urbaine. Enfin, les petits pick-up ou châssis cabine constituent aujourd’hui une alternative très accessible pour les professionnels. Certains modèles commencent à des niveaux de prix relativement bas, ce qui les rend particulièrement attractifs pour les petites activités.
Le VUL est-il plus résilient que la voiture particulière ?
Pas nécessairement. Le VUL obéit avant tout aux conditions économiques. Comme il s’agit d’un outil de travail pour les professionnels, il est très sensible aux chocs macroéconomiques. Lorsque les coûts de transport ou les prix de l’énergie augmentent, les entreprises ont tendance à reporter leurs investissements et à prolonger la durée d’utilisation de leurs véhicules. Les évolutions géopolitiques ou les fluctuations du prix du pétrole peuvent donc avoir un impact direct sur ce marché.
Quels sont les principaux usages du VUL ?
Le marché reste majoritairement orienté vers le transport de marchandises, qui représente environ les deux tiers des usages. Le transport de personnes représente environ un tiers du marché. On y retrouve plusieurs activités : le transport scolaire, le transport du personnel et le transport touristique. Ces dernières années, le transport touristique a connu une forte croissance, portée par le développement du secteur touristique. Par ailleurs, la multiplication des zones industrielles a renforcé la demande en transport de personnel, car de nombreuses entreprises organisent désormais la mobilité de leurs salariés.
Quelle place occupe l’utilitaire dans l’activité des distributeurs ?
Cela varie selon les marques. En général, l’utilitaire représente entre 10% et 25% de l’activité selon les constructeurs. Pour certaines marques, ce segment constitue un complément important à l’activité de véhicules particuliers.
Le financement est-il important pour le segment ?
Oui, le financement est essentiellement professionnel, et il repose principalement sur des solutions de leasing. Les entreprises privilégient ces formules pour optimiser leurs investissements et leur gestion de flotte.
Le service après-vente, facteur déterminant ?
Absolument. Dans le marché du VUL, le service après-vente est particulièrement stratégique. Un véhicule utilitaire immobilisé représente un manque à gagner direct pour le client. Une révision trop longue ou une indisponibilité de pièces peut donc générer beaucoup de frustration. C’est pourquoi la performance du service après-vente est un élément essentiel pour réussir sur ce marché.
Quelles évolutions anticipez-vous pour les prochaines années ?
Le marché de l’utilitaire évolue généralement au rythme de l’économie. Aujourd’hui, le Maroc se trouve dans une phase de croissance qui devrait se poursuivre dans les prochaines années. Dans ce contexte, le marché du VUL pourrait continuer à progresser, potentiellement à un rythme soutenu. Cependant, certains facteurs externes – comme les fluctuations du prix du carburant – pourraient également peser sur cette dynamique.
Assiste-t-on à une recomposition du paysage concurrentiel ?
Oui, clairement. Le marché était historiquement dominé par les constructeurs européens. Mais on observe aujourd’hui l’arrivée de constructeurs chinois et indiens. Ces nouveaux acteurs proposent des véhicules compétitifs, avec des prix attractifs et des produits techniquement solides. Cette évolution devrait progressivement rééquilibrer les parts de marché et intensifier la concurrence.
Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations Éco Automobile







