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Le baromètre à peine caché de l’économie marocaine

Porté par les grands projets d’infrastructure, la montée en puissance de la logistique et la reprise du tourisme, le marché du véhicule utilitaire léger connaît une accélération spectaculaire au Maroc. Dominé désormais par les pick-ups et stimulé par les besoins des entreprises, ce segment s’impose progressivement comme l’un des indicateurs les plus révélateurs de l’activité économique.

Longtemps considéré comme un segment technique de l’automobile, le véhicule utilitaire léger (VUL) apparaît aujourd’hui comme un véritable révélateur de l’économie productive. Pour Abdelouahab Ennaciri, président de l’Association des importateurs de véhicules automobiles au Maroc (AIVAM), cette corrélation est évidente. «Le marché de l’utilitaire reflète directement l’intensité de l’activité économique. Lorsque les investissements et les chantiers se multiplient, la demande en véhicules utilitaires suit immédiatement», affirme-t-il.

Les chiffres confirment cette tendance. Après un ralentissement en 2023, le marché est reparti à la hausse pour atteindre 19.262 unités en 2024, avant d’accélérer fortement en 2025 avec plus de 26.500 immatriculations.

La logistique redessine le marché
Pour Cédric Veau, DG de Bamotors (Kia et Geely), la transformation du marché s’explique notamment par l’évolution des besoins logistiques. «On observe aujourd’hui un véritable engouement pour le véhicule utilitaire léger. Cette dynamique s’explique à la fois par les investissements publics et privés et par la demande croissante en solutions de transport logistique, notamment en milieu urbain», soutient-il.

La multiplication des zones logistiques, l’essor du e-commerce et la transformation des circuits de distribution créent de nouveaux besoins pour les entreprises.

«La bonne santé du VUL reflète les investissements réalisés dans l’économie. Lorsque l’activité se développe, les entreprises doivent renforcer leurs moyens logistiques et leurs flottes utilitaires», souligne Veau.

Le pick-up, colonne vertébrale du marché
La mutation la plus spectaculaire concerne la montée en puissance du pick-up, devenu aujourd’hui le premier segment du marché. «Le pick-up domine aujourd’hui la croissance du marché», observe le DG de Bamotors. Cette évolution s’explique notamment par les besoins liés aux chantiers de reconstruction après le séisme d’Al Haouz, aux projets de BTP et aux activités agricoles. La polyvalence du pick-up lui permet de s’imposer comme l’outil de travail privilégié de nombreux professionnels.

Le tourisme stimule le transport de personnes
Parallèlement, le segment des vans et minibus bénéficie du dynamisme du tourisme. Pour Mehdi Bouidar, directeur VUL au sein de Volkwagen, le transport touristique devient un marché stratégique. «Pour les transporteurs touristiques, le véhicule n’est pas seulement un outil de travail : c’est aussi un vecteur d’image et un facteur déterminant pour décrocher des contrats avec les agences de voyages ou les hôtels», plaide-t-il. La montée en gamme du tourisme marocain renforce ainsi la demande en véhicules confortables et fiables.

Un marché encore sous-équipé
Malgré sa croissance, le marché marocain du VUL reste encore sous-dimensionné par rapport aux standards internationaux. Les utilitaires représentent environ 11% du marché automobile, contre 20 à 25% dans de nombreux marchés comparables. Pour Adil Bennani, DG de Auto Nejma, cet écart traduit surtout le potentiel de développement du segment. «Le taux d’équipement reste encore relativement faible. À mesure que l’économie se développe et que les entreprises se structurent, la demande en véhicules utilitaires devrait continuer à progresser», se projette-t-il.

Une dynamique appelée à se poursuivre
Dans ce marché très orienté B2B, les solutions de financement jouent un rôle croissant. Pour Younes El Aouad, DG de Tractafric (GWM, Zeekr, Isuzu, Cady), la demande en utilitaires reste étroitement liée à la dynamique économique.

«Le VUL bénéficie d’une demande structurelle liée aux activités commerciales, logistiques et aux grands projets d’infrastructure du pays», insiste-t-il.

Le service après-vente devient également un facteur décisif dans le choix des clients professionnels. La croissance du tourisme, le développement de la logistique, l’expansion des zones industrielles et les grands projets d’infrastructure devraient continuer à soutenir le marché dans les prochaines années.

Abdelouahab Ennaciri
Président de l’AIVAM

«Le VUL constitue un véritable baromètre de l’activité économique. Il reflète directement l’intensité des investissements et des grands chantiers du pays»

Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations Éco Automobile


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