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Ventes automobiles : après les records, la croissance peut-elle durer ?

Le marché automobile a atteint un record historique en 2025 et poursuit sa progression en 2026. Mais derrière les performances commerciales, cette dynamique peut-elle se maintenir durablement ou le marché se dirige-t-il vers une normalisation progressive ? Entre besoin de mobilité, investissements des entreprises, montée du crédit, électrification et arrivée de nouvelles marques, la croissance reste solide, tout en entrant dans une phase plus exigeante.

Le marché automobile continue d’afficher des performances robustes. Après une année 2025 historique, marquée par 235.372 immatriculations, le début de 2026 confirme la tendance. Sur les cinq premiers mois de l’année, le marché totalise 104.555 unités vendues, en hausse de 17,8% par rapport à la même période de 2025.

Ce niveau est important à double titre. D’abord parce qu’il confirme que le record de 2025 n’était pas un simple accident statistique. Ensuite parce qu’il montre que la demande reste présente malgré un environnement économique plus complexe, marqué par la pression sur le pouvoir d’achat, les prix des carburants, les arbitrages budgétaires des ménages et la hausse du coût global de possession automobile. Le mois de mai 2026 illustre bien cette situation. Avec 23.037 véhicules vendus, le marché progresse de 2,81% par rapport à mai 2025. La hausse mensuelle paraît modérée, surtout comparée au rythme du cumul annuel, mais elle doit être interprétée avec prudence.

Mai 2025 avait déjà été un mois particulièrement fort. Réaliser une performance légèrement supérieure sur une base aussi élevée confirme plutôt la résistance du marché qu’un ralentissement brutal. C’est aussi le sens de la lecture d’Abdelouahab Ennaciri, président de l’AIVAM. Pour lui, le marché continue sur sa lancée. Le mois de mai 2026 reste une bonne performance, d’autant que le calendrier a été affecté par la période de l’Aïd, qui a légèrement raccourci le mois commercial. Autrement dit, la croissance ralentit peut-être en rythme mensuel, mais la tendance de fond reste favorable.

Le record de 2025 change la base de comparaison
La principale difficulté, désormais, tient à la base de comparaison. En 2025, le marché a progressé très fortement, avec une hausse de 33,4% par rapport à 2024. Plus le marché atteint des niveaux élevés, plus il devient mécaniquement difficile de maintenir des croissances à deux chiffres. C’est un point central pour comprendre la suite. Le marché peut encore progresser, mais il ne pourra pas répéter indéfiniment des taux de croissance exceptionnels. Une hausse de 17,8% sur cinq mois, après une année record, reste une performance élevée. Mais à mesure que l’année avance, la comparaison avec les mois forts de 2025 deviendra plus exigeante.

Abdelouahab Ennaciri l’anticipe d’ailleurs clairement. Selon lui, la progression pourrait se tasser sur les prochains mois, tout en permettant au marché de terminer l’année sur une croissance solide. L’hypothèse d’une progression annuelle de 10% à 15% reste plausible si les fondamentaux se maintiennent. Le marché ne serait donc pas en train de décrocher. Il entrerait plutôt dans une phase de normalisation progressive. Cette normalisation n’est pas négative. Elle peut même être saine. Un marché qui passe d’une croissance exceptionnelle à une croissance plus régulière gagne en stabilité. L’enjeu n’est plus seulement de battre un record tous les ans, mais de s’installer durablement dans des volumes supérieurs à ceux observés historiquement.

Les fondamentaux restent porteurs
La croissance actuelle repose sur plusieurs moteurs structurels. Le premier est le besoin de motorisation. Le taux d’équipement automobile reste encore inférieur à celui de marchés comparables, ce qui laisse un potentiel d’évolution important. Beaucoup de ménages accèdent encore progressivement à la voiture neuve, soit pour un premier achat, soit pour remplacer un véhicule ancien. Le deuxième moteur est l’évolution des revenus. Même si le pouvoir d’achat reste sous pression, Abdelouahab Ennaciri souligne que les revenus des Marocains continuent de s’améliorer. Cette augmentation ne se traduit pas automatiquement par des achats immédiats, mais elle soutient la capacité d’accès à la mobilité, surtout lorsque les offres de financement deviennent plus adaptées. Le troisième moteur est l’investissement. La progression des véhicules utilitaires légers en est un indicateur important. En mai 2026, les VUL atteignent 2.767 unités, en forte hausse par rapport à mai 2025. Sur les cinq premiers mois de l’année, ils totalisent 12.402 unités. Cette dynamique traduit la poursuite des investissements des entreprises, des professionnels, des artisans, des opérateurs logistiques et des activités liées aux chantiers ou aux services. Le quatrième moteur est le tourisme. Il alimente indirectement la demande automobile, notamment à travers les loueurs, les flottes, les services de transport, l’hôtellerie et les activités connexes. Dans un pays où ce secteur joue un rôle croissant, le besoin en mobilité professionnelle et semi-professionnelle soutient une partie du marché. La croissance automobile marocaine ne repose donc pas uniquement sur l’achat des ménages. Elle est portée par un faisceau de demandes : particuliers, entreprises, loueurs, professionnels, flottes et renouvellement du parc.

Les VP restent dominants, les VUL confirment l’investissement
La structure du marché reste largement dominée par les voitures particulières. Sur les cinq premiers mois de 2026, les VP totalisent 92.153 unités, soit 88,1% du marché total. Cette proportion reste stable et confirme le poids du client particulier, même si les usages familiaux, professionnels et mixtes se croisent de plus en plus. Mais les véhicules utilitaires légers méritent une attention particulière. Leur progression est un signal économique. Les VUL ne sont pas seulement des produits automobiles. Ils reflètent l’activité des entreprises, la confiance des professionnels et les besoins de mobilité liés à la production, au commerce, au transport ou aux services.

Lorsque les VUL progressent, cela signifie généralement que les opérateurs économiques investissent, renouvellent leurs outils de travail ou développent leur activité. Dans le contexte actuel, leur contribution à la croissance du marché montre que la dynamique ne repose pas seulement sur des achats de confort ou de remplacement. Elle est aussi liée à l’économie réelle. Cette dimension est importante pour évaluer la durabilité de la croissance. Un marché soutenu à la fois par les ménages et par les entreprises est plus résilient qu’un marché dépendant d’un seul type de demande.

L’électrification devient un vrai relais de croissance
La progression des motorisations électrifiées constitue l’un des changements les plus structurants. Sur le cumul janvier-mai 2026, les véhicules électrifiés représentent 17,2% des immatriculations de voitures particulières, contre un peu plus de 10% un an auparavant. En volume, cela représente 15.830 unités électrifiées, en hausse de 87,8%.

Cette évolution montre que l’électrification n’est plus marginale. Elle reste encore minoritaire, mais elle devient un véritable relais de croissance. Le phénomène est d’autant plus intéressant qu’il ne repose pas uniquement sur le 100% électrique. Le marché se développe surtout à travers une diversité de solutions : hybrides classiques, hybrides rechargeables, mild hybrid, électriques purs et véhicules à prolongateur d’autonomie. Les hybrides rechargeables affichent la progression la plus spectaculaire. Leur part atteint 5,26% du marché VP sur les cinq premiers mois de 2026, contre 2,14% un an plus tôt. Les mild hybrid progressent également fortement, avec une part de 3,17%. Le 100% électrique reste encore sous la barre de 1% du marché VP, mais il progresse. Les REEV, véhicules à prolongateur d’autonomie, apparaissent également comme une nouvelle catégorie, portée principalement par des modèles chinois.

Cette diversification est essentielle. Elle montre que le client n’entre pas dans l’électrification par une seule porte. Certains choisissent l’hybride pour réduire la consommation sans changer leurs habitudes. D’autres optent pour le rechargeable pour rouler en électrique en ville tout en gardant une autonomie thermique. D’autres encore s’intéressent au 100% électrique, mais restent attentifs au prix, à la recharge et à la valeur de revente. L’électrification peut donc soutenir la croissance, à condition de rester adaptée aux usages réels. Le marché ne basculera pas brutalement vers l’électrique pur. Il avancera plutôt par paliers, avec l’hybride comme solution de transition et les marques chinoises comme accélérateur d’offre.

Les marques chinoises élargissent le marché
L’autre grande transformation vient des marques chinoises. Sur les cinq premiers mois de 2026, 20 marques d’origine chinoise totalisent 10.477 immatriculations VP, soit 11,4% du marché. Un an plus tôt, leur part était de 4,5%. En mai seul, elles atteignent 2.439 unités, soit 12% des VP du mois. Cette progression est rapide. Elle ne signifie pas encore que les marques chinoises dominent le marché marocain, mais elle confirme leur installation. Leur impact dépasse leur part de marché, car elles modifient les repères de prix, d’équipement et de technologie.

En proposant des SUV bien équipés, des motorisations hybrides ou rechargeables, des garanties longues et des prix agressifs, elles élargissent l’offre disponible. Elles attirent des clients qui auraient pu retarder leur achat, se tourner vers l’occasion ou rester dans des segments inférieurs. Elles forcent aussi les marques historiques à ajuster leurs prix, enrichir leurs dotations et rendre leurs offres plus lisibles. L’arrivée des marques chinoises peut donc soutenir la croissance du marché en élargissant le choix. Mais elle augmente aussi la pression concurrentielle. Plus d’acteurs signifie plus de batailles commerciales, plus de promotions et plus de tension sur les marges. La croissance peut durer, mais elle sera plus disputée.

Le financement, condition de soutenabilité
La question de la durée de la croissance dépend aussi du financement. L’accès au crédit a accompagné la progression du marché. Les offres de financement permettent aux ménages de transformer un projet automobile en mensualité acceptable. Elles soutiennent aussi la montée en gamme vers les SUV, les hybrides ou les modèles mieux équipés. Mais ce levier doit rester maîtrisé. Une croissance saine ne peut pas reposer uniquement sur l’endettement ou sur la capacité des marques à subventionner les conditions commerciales. Si le pouvoir d’achat devient trop contraint, si les taux se durcissent ou si les mensualités dépassent les capacités réelles des ménages, la demande pourrait ralentir. La soutenabilité du marché dépendra donc de l’équilibre entre prix, revenus, financement et valeur d’usage. Le client n’achète pas seulement une voiture. Il achète un coût global : mensualité, carburant, entretien, assurance, disponibilité des pièces et valeur de revente. Plus cette équation sera maîtrisée, plus la croissance pourra durer.

Une progression probable, mais plus sélective
La croissance du marché automobile peut donc se poursuivre, mais elle ne sera pas uniforme. Tous les segments ne progresseront pas au même rythme. Les SUV devraient rester porteurs, car ils concentrent une grande partie de la demande. Les véhicules électrifiés continueront de gagner du terrain, surtout les hybrides et hybrides rechargeables. Les VUL resteront dépendants de la dynamique d’investissement. Le premium progressera, mais de façon plus ciblée. Les citadines et modèles d’accès resteront sensibles au pouvoir d’achat. Le marché entre dans une phase où la qualité de la croissance devient aussi importante que son volume. Une progression alimentée par le renouvellement du parc, l’investissement, l’électrification et une offre plus diversifiée sera plus solide qu’une croissance tirée uniquement par les remises.

Vers un palier au-delà des 250.000 véhicules
Le seuil des 250.000 véhicules par an constitue désormais un repère crédible. Après 235.372 immatriculations en 2025 et un début 2026 en progression de 17,8%, le marché marocain semble capable d’entrer dans une nouvelle dimension. Même si le rythme se normalise, l’idée d’un marché durablement installé au-dessus de 250.000 unités n’est plus théorique. Ce serait un changement important. Le Maroc ne serait plus seulement un marché de rattrapage. Il deviendrait un marché plus profond, mieux structuré, plus concurrentiel et davantage diversifié.

Cette évolution aurait des implications pour les importateurs, les réseaux, les sociétés de financement, les assureurs, les acteurs de l’après-vente et les opérateurs de mobilité. Mais atteindre ce palier ne suffira pas. Il faudra le stabiliser. C’est là que se jouera la maturité du marché qui doit pouvoir maintenir des volumes élevés sans fragiliser les marges, sans surexposer les ménages au crédit et sans installer une dépendance permanente aux promotions.

Une croissance qui change de nature
Le marché automobile reste donc bien orienté. Les chiffres de 2026 confirment une trajectoire positive. La demande est là, portée par le besoin de mobilité, la motorisation progressive des ménages, le tourisme, l’investissement, l’élargissement de l’offre et l’électrification. Mais cette croissance change de nature. Elle devient plus sélective, plus concurrentielle et davantage dépendante de la capacité des importateurs à proposer des offres cohérentes. Le prochain cycle ne sera pas seulement celui des volumes. Il sera celui de l’équilibre entre croissance et rentabilité, entre financement et pouvoir d’achat, entre électrification et usages réels, entre nouveaux entrants et marques établies.

Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations Éco Automobile


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