Cédric Veau : “VUL accompagne directement la dynamique économique du Maroc”

Cédric Veau
Directeur général de Bamotors Maroc
Cédric Veau, directeur général de Bamotors Maroc, analyse les mutations du marché du véhicule utilitaire léger au Maroc, porté par la logistique, l’agriculture et les grands projets d’infrastructure.
Comment évolue le marché du VUL ces dernières années ?
Le marché des véhicules utilitaires légers a connu une progression très marquée sur les trois dernières années. En 2023, les ventes ont atteint 16.212 unités, soit une baisse de 11% par rapport à l’année précédente. En 2024, le marché est reparti à la hausse avec 19.262 unités, en progression de 18,8%. En 2025, la dynamique s’est fortement accélérée pour atteindre 26.523 unités, soit une croissance de 37,7%. Cette évolution reflète à la fois la reprise économique et la montée en puissance de plusieurs secteurs fortement consommateurs de véhicules utilitaires.
Le VUL vous paraît-il plus résilient que la voiture particulière ?
On observe aujourd’hui un véritable engouement pour le véhicule utilitaire léger. Cette dynamique s’explique principalement par deux facteurs. D’une part, la forte dynamique économique, soutenue par d’importants investissements publics et privés. Et, d’autre part, la demande croissante en solutions de transport logistique, notamment en milieu urbain avec le développement des zones logistiques et des prestations industrielles.
Quels segments tirent la croissance du marché ?
La dynamique est globale et concerne l’ensemble des segments du marché, mais avec des intensités différentes. Le pick-up domine aujourd’hui la croissance, notamment en raison des besoins liés aux chantiers de reconstruction après le séisme d’Al Haouz, aux projets de BTP et aux activités agricoles. Les grands vans enregistrent également une progression importante, portés par le tourisme – notamment les navettes et transferts – ainsi que par le développement de la logistique urbaine. Par ailleurs, l’essor du e-commerce et les besoins logistiques des PME contribuent également à soutenir la demande sur plusieurs segments.
Quelle place occupe le VUL dans votre activité ?
Aujourd’hui, le VUL représente près de 10% de notre mix de ventes. Cette part devrait augmenter à mesure que nous élargissons notre gamme de produits et que nous accédons à de nouveaux segments du marché. L’introduction de modèles comme le Kia Tasman, par exemple, nous permet de nous positionner davantage sur le segment du pick-up. Dans tous les cas, le VUL constitue un levier de rentabilité comparable aux autres modèles de notre gamme.
Les profils de clients évoluent-ils ?
Il ne s’agit pas vraiment d’une transformation des profils de clients, mais plutôt d’une évolution de leurs attentes. Les professionnels sont aujourd’hui plus exigeants en matière d’équipements, de confort et de connectivité. On observe également une demande croissante pour des solutions de financement adaptées, comme le leasing ou la location longue durée.
La demande varie-t-elle selon les territoires ?
Oui, il existe une forte logique territoriale. Dans les régions agricoles, la demande se porte davantage sur les pick-up. Dans les zones urbaines, les professionnels privilégient plutôt les vans et fourgons, dans différentes configurations et volumes.
Quelle place occupent le leasing et la LLD dans le financement ?
Aujourd’hui, ces solutions restent relativement limitées dans notre activité, car une grande partie de notre clientèle est composée d’artisans, de professionnels indépendants et d’agriculteurs. En revanche, sur le segment des grandes entreprises, le recours au leasing et à la location longue durée progresse régulièrement.
La concurrence pèse-t-elle sur les marges ?
La concurrence est effectivement très forte sur certains segments. Dans certains cas, cela peut peser sur les marges. Toutefois, les clients professionnels privilégient souvent la valeur globale du véhicule, en prenant en compte la durabilité, le coût d’usage et la valeur de revente. Cela permet de maintenir des positionnements rentables.
Le service après-vente devient-il un facteur décisif ?
Le service après-vente est un élément clé. Notre responsabilité est d’assurer la continuité d’activité de nos clients. Un service rapide, disponible 7 jours sur 7, associé à des contrats d’entretien intégrés, devient aujourd’hui un véritable critère de différenciation dans la décision d’achat.
Ressentez-vous déjà un effet des grands projets et de la perspective 2030 ?
Oui, l’effet se fait déjà sentir. Les grands chantiers liés à la Coupe du monde 2030 et à la Coupe d’Afrique des Nations 2025 agissent comme un catalyseur pour le secteur automobile. Les projets d’infrastructures – routes, stades, aéroports – génèrent un besoin important en véhicules utilitaires et en solutions logistiques.
Vous attendez-vous à un pic de demande dans les prochaines années ?
Je ne parlerais pas nécessairement d’un pic, mais plutôt d’une croissance soutenue. Le marché devrait continuer à progresser pour accompagner les investissements en cours et les besoins des professionnels.
Le VUL est-il un indicateur de l’économie productive ?
Oui, dans une certaine mesure. Comme dans beaucoup de marchés, la bonne santé du VUL reflète les investissements réalisés dans l’économie. Lorsque l’activité économique se développe, les entreprises ont besoin de renforcer leurs moyens logistiques et leurs flottes utilitaires.
Le marché est-il encore sous-équipé ?
Le taux d’équipement reste relativement faible par rapport à certains pays comparables. Par ailleurs, le vieillissement du parc existant constitue un moteur organique de renouvellement du marché.
Quelles transformations anticipez-vous à l’horizon 2030 ?
Plusieurs évolutions devraient marquer le marché dans les prochaines années. Nous anticipons notamment une progression de l’électrification, avec l’intégration de motorisations plus respectueuses de l’environnement. On devrait également observer une montée en puissance des solutions de financement, notamment la location longue durée et le leasing.
Assiste-t-on à une recomposition du marché ?
Oui, l’arrivée de nouvelles marques pourrait modifier progressivement les équilibres du marché.Ces nouveaux acteurs viennent challenger les constructeurs historiques et intensifier la concurrence.
Le VUL est-il devenu un marché stratégique ?
Le marché reste avant tout technique. La clé réside dans la capacité à accompagner les clients avec un conseil adapté et un réseau de service efficace. C’est pourquoi la formation des équipes constitue un pilier essentiel de notre approche pour maintenir un haut niveau de qualité de produits et de services.
Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations Éco Automobile







