Kia ne cache pas ses ambitions avec Tasman

Avec le Tasman, Kia investit pour la première fois le segment stratégique du pick-up. Entre robustesse mécanique, montée en gamme technologique et promesse de polyvalence, le constructeur coréen cherche à se faire une place sur un marché historiquement dominé par quelques références installées.
Avec le Tasman, Kia Maroc ne lance pas simplement un nouveau véhicule. La marque coréenne ouvre un front inédit dans sa stratégie produit en s’attaquant à l’un des segments les plus codifiés du marché mondial : celui du pick-up. Longtemps dominé par des références installées, ce territoire repose sur une équation exigeante mêlant robustesse, capacité de charge, endurance mécanique et, désormais, montée en gamme technologique.
Le constructeur choisit donc un pari à haute intensité industrielle. Ce choix traduit une volonté claire : ne plus laisser le véhicule utilitaire de loisirs aux seuls spécialistes historiques. Présenté 9 décembre 2025 déjà, le Kia Tasman se positionne d’emblée comme le tout premier pick-up développé intégralement par la marque pour répondre à un double usage, professionnel et récréatif.
Le discours de lancement insiste sur cette hybridation devenue centrale dans l’automobile mondiale : le pick-up n’est plus seulement un outil de travail, il devient aussi un objet de mobilité statutaire, de loisir et d’aventure. Kia revendique ainsi un véhicule pensé autant pour les entrepreneurs, commerçants et agriculteurs que pour les clients attirés par un style de vie outdoor. Cette promesse de polyvalence n’a rien d’anodin. Elle vise précisément le cœur de la transformation du segment.
Un design plus affirmé, sans excès démonstratif
Sur le plan du design, le Tasman cherche à se distinguer sans tomber dans la surenchère visuelle. Kia revendique une rupture avec les codes traditionnels du pick-up, souvent marqués par une esthétique massive et démonstrative.
Le constructeur met au contraire en avant des lignes plus épurées, une lecture plus fonctionnelle de la carrosserie et une attention particulière portée à l’ergonomie, notamment à l’arrière avec un hayon intégrant poignée et logo embossé. Plus qu’un exercice de style, ce traitement traduit une tentative de repositionnement : faire du pick-up un produit de caractère, mais aussi de sophistication. Dans un segment souvent dominé par l’argument de la robustesse brute, Kia cherche ici à installer une proposition plus contemporaine.
Un habitacle qui mise sur la technologie et l’usage
L’habitacle confirme cette montée en gamme. La planche de bord symétrique, les larges aérateurs en nid d’abeille, la console centrale ergonomique et surtout l’architecture à trois écrans – 12,3 pouces, 5 pouces puis 12,3 pouces – placent le Tasman dans une logique très contemporaine d’expérience embarquée. À cela s’ajoutent 33 litres de rangement sous les sièges arrière, un chargeur sans fil et l’usage de matériaux plus durables, dont du PET recyclé et du cuir synthétique bio-PU.
Kia cherche ici à combiner fonctionnalité, confort perçu et discours environnemental. C’est une évolution notable dans un segment où la rusticité pure reste souvent valorisée au détriment de l’expérience utilisateur.
Des fondamentaux techniques pensés pour convaincre les professionnels
Mais un pick-up se juge d’abord sur ses fondamentaux. Sur ce terrain, le Tasman avance des arguments solides. Le modèle destiné au Maroc reposera sur un moteur diesel 2,2 litres de 210 chevaux développant 441 Nm de couple, avec boîte automatique à 8 rapports ou manuelle à 6 rapports. Kia annonce un 0 à 100 km/h en 10,4 secondes et une vitesse maximale de 185 km/h.
Ces chiffres le placent dans le registre d’un usage mixte assumé : assez de force pour le transport et l’usage intensif, assez d’agrément pour un emploi quotidien plus large. L’architecture technique confirme cette orientation : châssis optimisé, suspension avant à double triangulation, essieu arrière rigide à ressorts à lames et amortisseurs verticaux.
La recette reste conforme aux exigences du segment, avec une recherche d’équilibre entre capacité de charge, tenue sur mauvais revêtement et confort de roulage. À l’inverse de certains SUV maquillés en utilitaires de loisir, le Tasman entend conserver un socle utilitaire crédible.
Le tout-terrain et la capacité d’emport comme arguments centraux
Cette crédibilité passe aussi par des aptitudes tout-terrain mises en avant de manière explicite : transmission intégrale AWD, modes Éco, Smart et Sport, mais aussi modes Désert, Boue et Neige. La finition X-Pro ajoute un mode Rock, un différentiel arrière à verrouillage électronique et le mode X-Trek dédié aux évolutions lentes en terrain difficile.
La capacité de franchissement de gué atteint 800 mm à 7 km/h. L’autre point structurant reste la capacité d’emport. Et sur ce volet, Kia frappe fort. Le Tasman revendique une benne de 1.173 litres en norme VDA, annoncée comme la meilleure de sa catégorie, avec 1.512 mm de longueur, 1.572 mm de largeur et 540 mm de profondeur. Sa charge utile peut atteindre 1.145 kg, tandis que sa capacité de remorquage grimpe à 3.500 kg.
Pour un marché où la rationalité économique demeure décisive, ces données sont essentielles. Elles conditionnent l’intérêt réel du véhicule pour les professionnels et, par extension, sa capacité à dépasser le simple statut de nouveauté médiatique.
Une montée en gamme assumée sur la sécurité et le positionnement
L’équipement sécuritaire participe aussi à l’offensive produit. Le Tasman embarque un ensemble d’aides avancées à la conduite : maintien de voie, gestion des collisions, régulateur adaptatif, détection des angles morts avec affichage vidéo, détection de fatigue et feux adaptatifs. Là encore, Kia cherche à importer dans l’univers du pick-up des standards davantage associés aux SUV familiaux et aux crossovers premium. Reste la question du positionnement commercial.
Affiché à partir de 378.900 dirhams en prix de lancement pour la version Double Cabine, disponible à la commande avec livraisons dès février 2026, le Tasman se place sur un créneau qui devra convaincre à la fois par son image et par sa valeur d’usage. La version Simple Cabine n’est attendue qu’à partir de juin 2026, ce qui montre que Kia privilégie d’abord les configurations à plus forte valeur ajoutée.
Plus qu’un lancement, un test de crédibilité
Au fond, le Kia Tasman incarne moins une simple extension de gamme qu’une tentative de redéfinition. Kia ne vient pas seulement chercher des volumes. La marque veut démontrer qu’elle peut exister sur un marché d’image, de résistance et de réputation mécanique. Le véritable test commencera donc sur le terrain, au contact des usages réels, des professionnels exigeants et d’une concurrence solidement installée. Mais une chose est déjà acquise : avec le Tasman, Kia ne se contente plus de suivre les mutations du marché. Elle tente désormais de les accélérer.
Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations Éco Automobile







